{"id":2919,"date":"2012-12-28T07:53:20","date_gmt":"2012-12-28T06:53:20","guid":{"rendered":"http:\/\/localhost\/cmb_site_wp\/2012\/12\/28\/linvite-de-la-redaction-elie-justin-ouedraogo-president-de-la-chambre-des-mines-la-mine-dor-de-poura-doit-servir-de-lecon\/"},"modified":"2012-12-28T07:53:20","modified_gmt":"2012-12-28T06:53:20","slug":"linvite-de-la-redaction-elie-justin-ouedraogo-president-de-la-chambre-des-mines-la-mine-dor-de-poura-doit-servir-de-lecon","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chambredesmines.bf\/nvsite\/linvite-de-la-redaction-elie-justin-ouedraogo-president-de-la-chambre-des-mines-la-mine-dor-de-poura-doit-servir-de-lecon\/","title":{"rendered":"L\u2019invit\u00e9 de la R\u00e9daction &#8211; Elie Justin Ou\u00e9draogo, Pr\u00e9sident de la Chambre des mines : \u00ab La mine d\u2019or de Poura doit servir de le\u00e7on\u2026 \u00bb"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" alignleft size-full wp-image-78\" src=\"http:\/\/localhost\/cmb_site_wp\/wp-content\/uploads\/2012\/12\/presimine.jpg\" alt=\"presimine.jpg\" align=\"left\" width=\"400\" height=\"304\" \/>Titulaire d\u2019un Doctorat en sciences \u00e9conomiques, Elie Justin Ou\u00e9draogo est un expert burkinab\u00e8 dans le domaine des mines. Auteur de plusieurs publications dont Investissement minier et probl\u00e9matique de l\u2019industrialisation en Afrique de l\u2019Ouest (novembre 1982), il a occup\u00e9 plusieurs fonctions. Entre autres, ministre de l\u2019Energie et des Mines, Directeur ex\u00e9cutif du Centre d\u2019analyse des politiques \u00e9conomiques et sociales (CAPES), Administrateur g\u00e9n\u00e9ral de la Soci\u00e9t\u00e9 d\u2019exploration mini\u00e8re d\u2019Afrique de l\u2019Ouest (SEMAFO). Depuis juin 2012, il est le pr\u00e9sident du Conseil d\u2019Administration (PCA) de SEMAFO Burkina Faso. Elie Justin Ou\u00e9draogo, par ailleurs Pr\u00e9sident de la Chambre des mines du Burkina, aborde dans cette grande interview accord\u00e9e \u00e0 Sidwaya, les questions politiques de l\u2019heure, la chefferie coutumi\u00e8re mais surtout l\u2019actualit\u00e9 mini\u00e8re.<\/p>\n<p>Sidwaya (S.) : Quelle lecture faites-vous des \u00e9lections coupl\u00e9es, l\u00e9gislatives et municipales du 2 d\u00e9cembre ?<\/p>\n<p>Elie Justin Ou\u00e9draogo (E.J.O.) : Il est bon que ces \u00e9lections aient \u00e9t\u00e9 plac\u00e9es sous le signe de la maturit\u00e9 et de l\u2019approfondissement du processus d\u00e9mocratique. C\u2019est \u00e0 l\u2019honneur de la classe politique en particulier et des Burkinab\u00e8 en g\u00e9n\u00e9ral qu\u2019elles se soient pass\u00e9es dans la paix et la coh\u00e9sion. Toutes les institutions mises en place pour g\u00e9rer ce processus ont jou\u00e9 \u00e0 fond leur r\u00f4le de mani\u00e8re \u00e0 ce que les r\u00e9sultats soient le moins contestables possibles. A l\u2019issue des scrutins, les partis qui ont estim\u00e9 qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 l\u00e9s\u00e9s d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre ont eu la sagesse de recourir aux juridictions comp\u00e9tentes (Conseil constitutionnel ou tribunal administratif) plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 toute autre voie. Cela t\u00e9moigne aussi \u00e0 la fois d\u2019une maturit\u00e9 et d\u2019une vitalit\u00e9 de notre Etat de droit. C\u2019est la d\u00e9mocratie burkinab\u00e8 qui a gagn\u00e9 avec la fa\u00e7on dont ces \u00e9lections coupl\u00e9es se sont d\u00e9roul\u00e9es. Ces \u00e9lections traduisent une consolidation de la d\u00e9mocratie. Cela va faire un quart de si\u00e8cle que le pouvoir au Burkina Faso ne se prend plus par des cr\u00e9pitements d\u2019armes. De mani\u00e8re continue, on a un renouvellement du parlement et des conseils municipaux par des \u00e9lections. On constate qu\u2019il y a des acquis et une avanc\u00e9e surtout avec la biom\u00e9trie qui est mise en place. Au sortir de ces \u00e9lections, c\u2019est l\u2019approfondissement de notre processus d\u00e9mocratique qui est \u00e0 saluer. Le pays en est sorti grandi. Cela doit servir de ciment pour la paix et la coh\u00e9sion sociale dont le pays a tant besoin. Ce sont des valeurs vraiment indispensables \u00e0 tout processus de d\u00e9veloppement.<\/p>\n<p>S. : Croyez-vous que l\u2019introduction de la biom\u00e9trie a \u00e9t\u00e9 un gage de transparence ?<\/p>\n<p>E.J.O. : L\u2019adoption de la biom\u00e9trie est incontestablement une avanc\u00e9e qualitative dans l\u2019approfondissement de la d\u00e9mocratie, du fait qu\u2019il y a une tendance \u00e0 am\u00e9liorer qualitativement tout le processus \u00e9lectoral et surtout, faire en sorte qu\u2019il n\u2019y ait pas de contestations apr\u00e8s les \u00e9lections. De ce point de vue, il faut saluer cette avanc\u00e9e comme \u00e9tant quelque chose de tr\u00e8s positif.<\/p>\n<p>S : Au niveau de l\u2019enr\u00f4lement, on a constat\u00e9 que les r\u00e9sultats \u00e9taient mitig\u00e9s, est-ce qu\u2019il y a des acteurs selon vous, qui n\u2019ont pas jou\u00e9 leur r\u00f4le ?<\/p>\n<p>E.J.O. : Il faut reconna\u00eetre que c\u2019est quand m\u00eame le premier exercice dans ce domaine. A l\u2019avenir, il va s\u2019am\u00e9liorer \u00e0 coup s\u00fbr car des le\u00e7ons vont \u00eatre tir\u00e9es. Pour un coup d\u2019essai, il y a des motifs de satisfaction. Il faut saluer les avanc\u00e9es, les acquis, en prenant les dispositions pour am\u00e9liorer ce qu\u2019on a constat\u00e9 comme insuffisances.<\/p>\n<p>S : Dans votre ville d\u2019origine qui est Gourcy, la Commission \u00e9lectorale communale ind\u00e9pendante a invalid\u00e9 les listes du CDP pour les municipales avant que le tribunal administratif ne revienne sur cette d\u00e9cision en permettant \u00e0 une seule liste d\u2019\u00eatre en lice. Quels commentaires cela vous inspire-t-il ?<\/p>\n<p>E.J.O. : C\u2019est dommage que ce genre de situations arrivent parce qu\u2019\u00e0 Gourcy comme partout au Burkina Faso, le CDP joue un r\u00f4le important et participe activement \u00e0 l\u2019animation de la vie politique. Un recours judiciaire a \u00e9t\u00e9 engag\u00e9 et le dossier s\u2019est trouv\u00e9 au niveau du Tribunal administratif. La d\u00e9cision de justice a \u00e9t\u00e9 respect\u00e9e par toutes les parties prenantes. C\u2019est cela l\u2019essentiel.<\/p>\n<p>S : Vous \u00eates un chef coutumier, comment avez-vous accueilli le projet de r\u00e9vision de la Constitution ouvrant en m\u00eame temps, l\u2019institutionnalisation de la chefferie traditionnelle ?<\/p>\n<p>E.J.O. : Comme tous les chefs coutumiers du Burkina Faso, nous l\u2019avons accueilli avec beaucoup de satisfaction en nous disant qu\u2019il \u00e9tait temps que la chefferie traditionnelle, qui fait partie int\u00e9grante de notre histoire et de notre culture, soit reconnue et institutionnalis\u00e9e. Notre parcours historique fait \u00e9tat de confrontation souvent ouverte entre les structures de l\u2019Etat moderne et la chefferie traditionnelle. Il est heureux qu\u2019on puisse entrer dans une dynamique de compl\u00e9mentarit\u00e9 o\u00f9 on reconnait un r\u00f4le sp\u00e9cifique \u00e0 la chefferie coutumi\u00e8re et que ce r\u00f4le soit consign\u00e9 dans des dispositions l\u00e9gislatives et constitutionnelles. Cela participera du renforcement de la d\u00e9mocratie et pourrait aider les chefs coutumiers \u00e0 mieux s\u2019assumer dans leur r\u00f4le.<\/p>\n<p>S : Parlant d\u2019affaires, quel est votre point de vue sur le climat des affaires dans notre pays ?<\/p>\n<p>E.J.O. : En tant que Pr\u00e9sident de la Chambre des Mines sur ce point et en me r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 l\u2019appr\u00e9ciation des investisseurs, je suis tr\u00e8s bien plac\u00e9 pour savoir et affirmer que le climat des affaires au Burkina est positivement appr\u00e9ci\u00e9. En Afrique, le Burkina Faso est aujourd\u2019hui la premi\u00e8re destination des investissements priv\u00e9s directs dans les mines. Cela est tr\u00e8s important, car il ne s\u2019agit pas d\u2019aide publique au d\u00e9veloppement, il s\u2019agit d\u2019investissements priv\u00e9s directs. C\u2019est-\u00e0-dire que ce sont des hommes d\u2019affaires qui estiment que tel pays pr\u00e9sente des conditions et a un climat d\u2019affaires suffisamment positif pour qu\u2019ils viennent y investir. De plus, avec le rapport Doing Business de la Banque mondiale, le Burkina Faso est bien class\u00e9, consid\u00e9r\u00e9 comme meilleur pays r\u00e9formateur de l\u2019UEMOA. Cela est reconnu par les autres pays de la sous-r\u00e9gion. Ce sont des efforts qui sont consentis par le gouvernement et qui sont salu\u00e9s par les investisseurs et par la communaut\u00e9 internationale des bailleurs de fonds.<\/p>\n<p>S : Le moins qu\u2019on puisse dire est que l\u2019activit\u00e9 mini\u00e8re est en plein essor au Burkina avec l\u2019ouverture de plusieurs mines. Le Burkina Faso est-il devenu un pays minier ?<\/p>\n<p>E.J.O. : Il faut saluer les r\u00e9sultats de la politique men\u00e9e depuis un certain temps pour attirer les investisseurs miniers. Il faut aussi se f\u00e9liciter du fait qu\u2019au Burkina Faso, cela s\u2019est traduit par des constructions de mines. Quand on regarde classiquement le d\u00e9veloppement du secteur minier dans un pays, cela prend beaucoup plus de temps. Notre pays constitue de ce point de vue une exception : au cours des cinq derni\u00e8res ann\u00e9es, il a enregistr\u00e9 l\u2019ouverture de six \u00e0 sept mines. C\u2019est un record qu\u2019il faut saluer. Ce qui fait que l\u2019or est depuis 2009 le premier produit d\u2019exportation de notre pays. Mais ceci \u00e9tant, ce n\u2019est pas encore suffisant pour qu\u2019on dise que le Burkina Faso est pleinement un pays minier. Nous sommes en tr\u00e8s bonne voie. En plus de ces mines d\u00e9j\u00e0 en production, il y a cinq \u00e0 six projets qui sont arriv\u00e9s \u00e0 maturit\u00e9 et qui vont \u00e9galement entrer en production bient\u00f4t. Avec la mise en place de certaines structures comme les guichets uniques, l\u2019am\u00e9lioration de la l\u00e9gislation et de la r\u00e8glementation mini\u00e8re, le renforcement institutionnel du Minist\u00e8re charg\u00e9 des Mines et de la Chambre des Mines, on pourra en ce moment, dire que le Burkina Faso est v\u00e9ritablement un pays minier.<\/p>\n<p>S : Malgr\u00e9 cette bonne voie, une bonne partie de l\u2019opinion pense que les mines ne contribuent pas suffisamment au d\u00e9veloppement, notamment les populations locales, comment vous r\u00e9agissez \u00e0 ces propos ?<\/p>\n<p>E.J.O. : Il est vrai que nous sommes confront\u00e9s \u00e0 ce probl\u00e8me qui est r\u00e9current, mais j\u2019ai plut\u00f4t l\u2019impression que cela r\u00e9sulte de la gestion des attentes. Il y a peut-\u00eatre beaucoup trop d\u2019attentes vis-\u00e0-vis du secteur minier et des mines. Mais comme on le dit : \u00ab La plus belle fille au monde ne peut donner que ce qu\u2019elle a \u00bb. Il y a des attentes de l\u2019Etat et des populations locales qui font que nous sommes effectivement en discussion avec nos autorit\u00e9s de tutelle (Minist\u00e8re des Mines, le Minist\u00e8re de l\u2019Economie et des Finances, etc.) pour justement essayer de voir comment on peut v\u00e9ritablement recadrer les choses. La cr\u00e9ation de la Chambre des Mines a aussi pour objectif de promouvoir r\u00e9ellement le d\u00e9veloppement du secteur minier. Et promouvoir ce secteur, c\u2019est r\u00e9pondre \u00e0 ces questionnements, comment changer l\u2019image des mines, comment s\u2019assurer qu\u2019effectivement les mines apportent la contribution qui est attendue au d\u00e9veloppement \u00e9conomique et social, du pays et en priorit\u00e9 des populations riveraines qui ont des pr\u00e9occupations tout \u00e0 fait l\u00e9gitimes. Les gisements se trouvent par bonheur dans leur r\u00e9gion, dans leur village et ils entendent participer et profiter au maximum de leur mise en valeur.<\/p>\n<p>S : La transparence est tr\u00e8s recommand\u00e9e dans le secteur minier. O\u00f9 en est-on avec l\u2019ITIE ?<\/p>\n<p>E.J.O. : C\u2019est tout un processus. Il faut saluer l\u2019adh\u00e9sion du gouvernement burkinab\u00e8 \u00e0 ce processus qui oblige dans un premier temps les soci\u00e9t\u00e9s mini\u00e8res \u00e0 d\u00e9clarer leurs contributions au budget de l\u2019Etat. Jusqu\u2019\u00e0 une certaine date, ce n\u2019\u00e9tait peut-\u00eatre pas \u00e9vident mais avec le processus de l\u2019ITIE, toutes les soci\u00e9t\u00e9s mini\u00e8res ont l\u2019obligation de d\u00e9clarer leurs contributions \u00e0 l\u2019Etat. Qu\u2019est-ce qu\u2019on paye comme imp\u00f4t direct ? Cela a permis de savoir que pratiquement de z\u00e9ro franc CFA en 2005, en 2011, les mines en production ont rapport\u00e9 127,4 milliards \u00e0 l\u2019Etat ! Et si on dit que cet apport n\u2019est pas suffisant, il faudrait savoir par rapport \u00e0 quoi il est insuffisant. Parce que cela risque de ne jamais \u00eatre suffisant.<br \/>\nDonc, c\u2019est ce processus ITIE qui a permis effectivement de pouvoir de pouvoir mesurer cette contribution qui repr\u00e9sente l\u2019apport direct des mines au budget de l\u2019Etat sans tenir compte des effets indirects non moins importants. Le deuxi\u00e8me volet de l\u2019ITIE est de dire, une fois que l\u2019on sait ce que les mines rapportent, qu\u2019est-ce que l\u2019Etat fait de cet apport. Je crois que l\u00e0 maintenant, ce n\u2019est plus du c\u00f4t\u00e9 des soci\u00e9t\u00e9s mini\u00e8res, c\u2019est un volet qui rel\u00e8ve du gouvernement dans son obligation de rendre compte de l\u2019utilisation des fonds publics. En somme, il y a une bonne dynamique qui est \u00e0 saluer. Apr\u00e8s l\u2019adh\u00e9sion du Burkina Faso \u00e0 l\u2019ITIE, nous avons maintenant des cadres par lesquels on g\u00e9n\u00e8re facilement les statistiques de nos contributions au budget de l\u2019Etat. Cela est un acquis appr\u00e9ciable. Et le processus qui met ensemble autour d\u2019une table les soci\u00e9t\u00e9s mini\u00e8res, le gouvernement et la soci\u00e9t\u00e9 civile nous semble \u00eatre une tr\u00e8s bonne dynamique, parce ce que c\u2019est vraiment les trois parties prenantes qui doivent discuter pour arriver \u00e0 un \u00e9quilibre dans la satisfaction des attentes des uns et des autres.<\/p>\n<p>S : L\u2019exploitation industrielle de l\u2019or est une r\u00e9alit\u00e9 au Burkina Faso qui n\u2019est pas ressentie dans toutes les r\u00e9gions. Dans le Sud Ouest cens\u00e9 \u00eatre riche en or, l\u2019exploitation est toujours artisanale. Comment expliquez-vous cette disparit\u00e9 ?<\/p>\n<p>E.J.O. : L\u00e0, vous touchez du doigt un probl\u00e8me qui est tr\u00e8s s\u00e9rieux. Nous, m\u00eames en tant que soci\u00e9t\u00e9s industrielles, nous sommes confront\u00e9s \u00e0 cette difficult\u00e9. L\u2019orpaillage, je crois que c\u2019est le Ministre des Mines qui le disait, \u00ab est un mal n\u00e9cessaire \u00bb, parce ce que c\u2019est sporadique. Mais s\u2019il y a l\u2019orpaillage, c\u2019est que il ya de la richesse mini\u00e8re. Les orpailleurs sont nos premiers g\u00e9ologues. Ils ont le flair pour aller trouver les gisements et le plus souvent, ce sont les gisements les plus riches qu\u2019ils exploitent. Donc, ce sont les premiers explorateurs.<br \/>\nIl ne faut pas non plus nier que les premi\u00e8res vagues d\u2019orpaillage sont n\u00e9es avec la s\u00e9cheresse, donc les gens vont vers l\u2019orpaillage pour survivre. Et puis, il est quelque part normal que ces populations aient aussi envie de valoriser ces richesses \u00e0 leur profit. Mais le fait que cela se passe de mani\u00e8re spontan\u00e9e, voire anarchique, sans contr\u00f4le de qui que ce soit, le rend complexe. Sur un site d\u2019orpaillage, du jour au lendemain, il peut se trouver 4 000 \u00e0 5 000 personnes. C\u2019est sporadique, ce n\u2019est pas organis\u00e9 et c\u2019est tr\u00e8s difficile \u00e0 contr\u00f4ler. Nous aussi, nous p\u00e2tissons de l\u2019image de ces activit\u00e9s d\u2019orpaillage. Il y a quelques soci\u00e9t\u00e9s qui essayent de les contr\u00f4ler mais dans la globalit\u00e9, l\u2019orpaillage est un ph\u00e9nom\u00e8ne qui est tr\u00e8s difficile \u00e0 contr\u00f4ler et malheureusement, on assiste \u00e0 l\u2019utilisation dans ces conditions, de produits chimiques extr\u00eamement dangereux tels que le cyanure et le mercure, qui occasionnent non seulement des d\u00e9g\u00e2ts sur l\u2019environnement, mais aussi ce sont de v\u00e9ritables fl\u00e9aux, en termes de sant\u00e9 publique. L\u2019orpaillage est un ph\u00e9nom\u00e8ne qui prend de l\u2019ampleur parce ce que le potentiel minier est important, mais il faut arriver \u00e0 le contr\u00f4ler. J\u2019avoue que ce n\u2019est pas facile.<\/p>\n<p>S : L\u2019encadrement des orpailleurs est-il aujourd\u2019hui une priorit\u00e9 pour la Chambre des Mines. Comment comptez-vous organiser ces orpailleurs ?<\/p>\n<p>E.J.O. : Normalement, cela ne rel\u00e8ve pas de nos pr\u00e9rogatives. Les orpailleurs sont aussi des exploitants d\u2019un autre genre. Nous nous adressons tous au Minist\u00e8re des Mines pour avoir les permis d\u2019exploitation. A la Chambre des mines, nous essayons plut\u00f4t de voir comment cohabiter avec eux. Nous avons \u00e9labor\u00e9 un contrat type pour que, quand il y a des orpailleurs sur nos permis de recherche, nous voyons comment passer par des soci\u00e9t\u00e9s sp\u00e9cialis\u00e9es dans le domaine de l\u2019orpaillage pour les encadrer. Nous signons des contrats avec ces soci\u00e9t\u00e9s parce ce qu\u2019il ne faut pas vouloir interdire l\u2019orpaillage, cela ne servirait \u00e0 rien et n\u2019aura pas d\u2019effet r\u00e9el. Il faut plut\u00f4t essayer de voir comment on peut mieux l\u2019encadrer, en mettant des conditions pour que l\u2019impact n\u00e9gatif de cet orpaillage sur l\u2019environnement et sur la sant\u00e9 publique soit minimis\u00e9 au maximum. Il y a environ deux ans de cela que ce type de contrat est en application et nous sommes en train d\u2019\u00e9valuer son impact.<\/p>\n<p>S : Des soci\u00e9t\u00e9s comme Epsilon dans la r\u00e9gion de l\u2019Est connaissent des difficult\u00e9s notamment avec les populations qui manifestent pour avoir des retomb\u00e9es. Comment ces soci\u00e9t\u00e9s mini\u00e8res peuvent-elles satisfaire aux diff\u00e9rentes demandes des populations pour que la cohabitation soit pacifique ?<\/p>\n<p>E.J.O. : Comme je l\u2019ai soulign\u00e9 tant\u00f4t, il y a pratiquement une antinomie entre le d\u00e9veloppement de l\u2019orpaillage et le d\u00e9veloppement des soci\u00e9t\u00e9s mini\u00e8re industrielles. Epsilon est une soci\u00e9t\u00e9 semi-m\u00e9canis\u00e9e qui a connu un v\u00e9ritable un drame, puisque ses installations ont \u00e9t\u00e9 saccag\u00e9es l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re. Parce ce qu\u2019\u00e9tant une soci\u00e9t\u00e9 semi-industrialis\u00e9e, elle a besoin du gisement pour travailler. Si vous laissez les orpailleurs prendre la meilleure partie, votre investissement ne sert plus \u00e0 rien. C\u2019est pour rappeler que ces soci\u00e9t\u00e9s se sont vues octroyer des permis d\u2019exploitation, conform\u00e9ment \u00e0 la r\u00e9glementation ; forc\u00e9ment, ces permis se retrouvent sur des sites. Dans le cas d\u2019Epsilon, c\u2019\u00e9tait un ancien site d\u2019orpaillage. La soci\u00e9t\u00e9 a obtenu l\u2019autorisation d\u2019aller vers la semi industrie. Et les orpailleurs se voient en ce moment comme expropri\u00e9s de leurs activit\u00e9s puisqu\u2019il y a une certaine incompatibilit\u00e9 entre les deux. C\u2019est cela qui cr\u00e9e toute la difficult\u00e9. Maintenant, il faut effectivement voir comment \u00e0 travers le Minist\u00e8re des Mines, on peut arriver \u00e0 faire en sorte que le permis d\u2019exploitation qui est donn\u00e9 \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 Epsilon puisse vraiment \u00eatre mis en \u0153uvre, sans que certaines pratiques ne la g\u00eanent. L\u00e0, il y a un besoin d\u2019encadrement et de s\u00e9curisation de ce site.<\/p>\n<p>S : Quelle est la mission exacte confi\u00e9e \u00e0 la Chambre des Mines ?<\/p>\n<p>E.J.O : La Chambre des Mines est apparue comme une n\u00e9cessit\u00e9 institutionnelle qui accompagne ces d\u00e9veloppements positifs du secteur minier de notre pays. Cela a \u00e9t\u00e9 une transformation \u00e0 l\u2019interne du Groupement professionnel des miniers qui existait depuis 1997 et qui voulait \u00e9voluer vers une forme institutionnelle qualitativement sup\u00e9rieure pour mieux d\u00e9fendre l\u2019int\u00e9r\u00eat de ses membres et promouvoir le secteur. Vous posiez tant\u00f4t la question de savoir, est-ce-que le Burkina est un pays minier. Tous ces \u00e9l\u00e9ments rentrent dans les caract\u00e9ristiques d\u2019un pays minier. Les pays que l\u2019on dit miniers comme le Ghana, la Guin\u00e9e, sont des pays o\u00f9 il y a une Chambre des Mines. Et c\u2019est la Chambre des Mines effectivement qui est porteuse de toute cette dynamique de dialogue avec les parties prenantes, notamment le gouvernement et surtout, celle de promouvoir les meilleures pratiques internationales en mati\u00e8re d\u2019exploitation mini\u00e8re. C\u2019est un chainon institutionnel utile pour se positionner sur cette marche vers le qualificatif de pays minier.<\/p>\n<p>S : Quelles sont les garanties politiques, \u00e9conomiques, sociales et environnementales qu\u2019offre l\u2019exploitation mini\u00e8re au Burkina Faso ?<\/p>\n<p>E.J.O. : Force est de reconna\u00eetre qu\u2019aujourd\u2019hui, les paradigmes dominants dans l\u2019exploitation des mines ont chang\u00e9. On en parle pas assez. Fort heureusement, on ne peut plus faire les mines comme en 1960, m\u00eame pas comme en 1980 ou 1990. La protection de l\u2019environnement est une pr\u00e9occupation qui est prise en compte \u00e0 tous les niveaux, y compris au niveau international. M\u00eame nos actionnaires, ceux qui mettent l\u2019argent dans la mine, regardent si les meilleures normes internationales en mati\u00e8re d\u2019environnement sont respect\u00e9es dans les activit\u00e9s mini\u00e8res. Pour que le Minist\u00e8re des Mines octroie un permis d\u2019exploitation \u00e0 un op\u00e9rateur minier, celui-ci est oblig\u00e9 de d\u00e9poser une \u00e9tude d\u2019impact environnemental, qui fait une \u00e9valuation minutieuse de l\u2019impact sur la faune, la flore et aussi l\u2019impact socio\u00e9conomique. Cette \u00e9tude d\u2019impact environnemental est appr\u00e9ci\u00e9e et \u00e9valu\u00e9e par le Minist\u00e8re de l\u2019Environnement. Croyez-moi, ce n\u2019est pas une partie de plaisir. C\u2019est tr\u00e8s rigoureux, tr\u00e8s discut\u00e9. Il faut poser cela comme l\u2019hypoth\u00e8se de base : comment minimiser, comment corriger cet impact environnemental ? C\u2019est l\u2019objectif de l\u2019\u00e9tude d\u2019impact environnemental. Cette \u00e9tude est r\u00e9alis\u00e9e par une soci\u00e9t\u00e9 sp\u00e9cialis\u00e9e qui \u00e9value financi\u00e8rement cet impact et demande de pr\u00e9voir d\u00e9j\u00e0 l\u2019apr\u00e8s mine, quand celle-ci va fermer ; qu\u2019est-ce que cela va co\u00fbter \u00e0 la mine de reconstituer ce site, en fermant les trous et dans certains cas, en les transformant en lieux exploitables. Si l\u2019op\u00e9rateur minier pr\u00e9sente un projet qui a une dur\u00e9e de vie de huit ans, et si l\u2019impact sur l\u2019environnement et la restauration du site \u00e0 la fermeture de la mine va co\u00fbter dix milliards (10) milliards F CFA, d\u00e8s qu\u2019il commence \u00e0 produire le moindre gramme, les dix (10) milliards F CFA sont divis\u00e9s par huit et un montant soumis \u00e0 l\u2019op\u00e9rateur est verser pour provisionner chaque ann\u00e9e un compte ouvert \u00e0 la BCEAO dont seul le Ministre en charge des Finances est l\u2019ordonnateur. C\u2019est une pr\u00e9caution visant \u00e0 s\u2019assurer que quand la mine va fermer, il y aura assez d\u2019argent pour reconstituer le site. Ce compte est ouvert par chaque soci\u00e9t\u00e9 en production. Pour le cas de la SEMAFO que je connais bien, nous devons \u00eatre \u00e0 trois milliards F CFA au niveau de la BCEAO, apr\u00e8s trois ann\u00e9es de production pleine. Donc, il y a des garanties et une tr\u00e8s grande rigueur dans le suivi de l\u2019impact environnemental des soci\u00e9t\u00e9s mini\u00e8res.<\/p>\n<p>S : Il y a tout m\u00eame des cas de fraude dont on entend sans cesse parler dans le domaine minier. Qu\u2019est-ce que cela vous inspire ?<\/p>\n<p>E.J.O. : Quand on parle de mines, nous avons les orpailleurs qui \u00e9cornent notre image. Il est clair que la fraude concerne beaucoup plus l\u2019orpaillage. Les soci\u00e9t\u00e9s industrielles sont organis\u00e9es de telle mani\u00e8re qu\u2019il est difficile de frauder. Le minerai pris dans la carri\u00e8re, la quantit\u00e9 qui rentre \u00e0 l\u2019usine, la teneur enregistr\u00e9e \u00e0 l\u2019usine, le gramme d\u2019or fondu, tout est enregistr\u00e9 sur ordinateur. Ce sont des statistiques qui sont difficiles \u00e0 falsifier. M\u00eame en tant que pr\u00e9sident du conseil d\u2019administration de la SEMAFO, je n\u2019ai pas un acc\u00e8s libre \u00e0 la salle de fusion. Sa gestion est confi\u00e9e \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 ext\u00e9rieure \u00e0 la SEMAFO. Toutes les garanties de s\u00e9curit\u00e9 sont prises \u00e0 ce niveau. Personne n\u2019y entre jamais seule. Elle doit \u00eatre toujours accompagn\u00e9e. Il y a deux personnes qui poss\u00e8dent les cl\u00e9s de la salle d\u2019or. Tant que ces deux personnes ne sont pas l\u00e0, il est impossible d\u2019y p\u00e9n\u00e9trer. Il y a une commission qui assiste \u00e0 toutes les exp\u00e9ditions de l\u2019or. Elle est compos\u00e9e d\u2019agents du Minist\u00e8re des Mines, de la douane et de la gendarmerie qui contr\u00f4le le colisage. Sans cette commission, l\u2019exp\u00e9dition ne peut avoir lieu. Donc, je ne vois pas comment la fraude peut exister dans le secteur minier industriel. Ca fait partie des id\u00e9es pr\u00e9con\u00e7ues dont nous souffrons.<\/p>\n<p>S : Comment la Chambre des Mines entend-elle dissiper cette confusion ?<\/p>\n<p>E.J.O. : Ce n\u2019est que par la communication que nous pouvons dissiper les appr\u00e9hensions li\u00e9es aux activit\u00e9s des mines industrielles. Nous avons conscience que l\u2019image des mines est bien galvaud\u00e9e. Il y a beaucoup de pr\u00e9suppos\u00e9s et de malentendus. Nous en avons conscience et nous pensons que c\u2019est \u00e0 travers la communication que nous pouvons mieux nous expliquer. Il nous faut donc savoir comment communiquer \u00e0 travers un bon plan. Le Conseil d\u2019administration de la Chambre des Mines a choisi de faire des sorties sur les sites, au lieu de rester \u00e0 Ouagadougou dans un h\u00f4tel pour ses r\u00e9unions. Nous sortons avec les journalistes sur les sites pour mieux voir la r\u00e9alit\u00e9 de pr\u00e8s. A chacune de ces sorties, on appr\u00e9cie la contribution de la soci\u00e9t\u00e9 au budget de l\u2019Etat et sa contribution \u00e0 l\u2019am\u00e9lioration des conditions de vie des populations locales. On v\u00e9rifie surtout les dispositions prises au plan environnemental et la gestion des bassins de rejet par la mine. L\u2019utilisation du cyanure est bien ma\u00eetris\u00e9e par les soci\u00e9t\u00e9s mini\u00e8res. Donc on n\u2019a pas peur d\u2019emmener les gens et de leur montrer dans quelles conditions on l\u2019utilise. En plus, un des aspects o\u00f9 la rumeur cause souvent des d\u00e9g\u00e2ts, c\u2019est le fait de penser que d\u00e8s qu\u2019il y a une mine \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019un village et qu\u2019un b\u0153uf meurt par exemple, les gens concluent que c\u2019est la mine qui a pollu\u00e9 l\u2019eau. Toutes les mines industrielles en production sont membres de la Chambre des Mines. Celles-ci ont un protocole comportant des pig\u00e9om\u00e8tres. Nous faisons des puits \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des bassins de rejet et pr\u00e9levons r\u00e9guli\u00e8rement l\u2019eau pour analyse afin de voir s\u2019il n\u2019y a pas de pollution ou de risque de pollution au niveau de la nappe.<\/p>\n<p>S : Un des probl\u00e8mes au niveau des mines, c\u2019est souvent les conditions de travail m\u00eame des ouvriers. Plusieurs fois dans la presse, il y a eu des probl\u00e8mes entre certains employ\u00e9s et leur employeur sur le respect du code du travail. Que r\u00e9pondez-vous \u00e0 cela ? S\u2019il y a probl\u00e8me, comment comptez-vous le g\u00e9rer pour ne pas tomber dans le cas de l\u2019Afrique du Sud ?<\/p>\n<p>E.J.O. : Il faut vraiment qu\u2019on stigmatise et qu\u2019on condamne ce qui s\u2019est pass\u00e9 en Afrique du Sud. C\u2019est une trag\u00e9die qui, malheureusement, rappelle d\u2019autres \u00e9poques dans ce pays. L\u2019un des probl\u00e8mes auquel le Burkina Faso est confront\u00e9, c\u2019est d\u2019avoir r\u00e9ussi dans un temps record \u00e0 mettre en production sept mines alors qu\u2019il n\u2019est pas un pays de tradition mini\u00e8re. Notre administration est d\u2019inspiration fran\u00e7aise. La France elle-m\u00eame n\u2019est pas un pays minier. Donc on comprend que l\u2019administration demande un temps d\u2019adaptation des textes pour int\u00e9grer les sp\u00e9cificit\u00e9s des mines, parce que le secteur minier a ses r\u00e9alit\u00e9s. Au niveau de la Chambre des Mines, nous avons instaur\u00e9 un dialogue avec les principales autorit\u00e9s en charge de notre secteur, les Minist\u00e8res des Mines, des Finances, du Travail et de l\u2019Environnement pour faire en sorte que nous puissions expliquer les sp\u00e9cificit\u00e9s du secteur minier. Le souhait est, \u00e0 travers des r\u00e9formes, de les prendre en compte dans notre arsenal administratif et r\u00e9glementaire. Cela est en cours et dans beaucoup de domaines, nous sommes en discussion. Pour revenir \u00e0 la question des r\u00e8gles de travail, nous sommes en train de discuter avec les centrales syndicales, les Minist\u00e8res en charge des Mines et du Travail pour la mise en place d\u2019une convention sectorielle des mines. Cela permettra d\u2019adapter notre code du travail qui ne prend pas suffisamment en compte les sp\u00e9cificit\u00e9s organisationnelles de l\u2019industrie mini\u00e8re. Cela permettrait de r\u00e9soudre pas mal de probl\u00e8mes et amener les responsables du secteur minier et les d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s du personnel \u00e0 avoir le m\u00eame r\u00e9f\u00e9rentiel. C\u2019est parce qu\u2019on n\u2019a pas le m\u00eame r\u00e9f\u00e9rentiel, que les probl\u00e8mes se posent souvent. En Afrique du Sud, il \u00e9tait clairement apparu que dans la branche de la mine o\u00f9 il y a eu la trag\u00e9die, il n\u2019y avait aucune convention, donc aucun rep\u00e8re. Quand il n\u2019y a pas de rep\u00e8re, il y a des incompr\u00e9hensions.<br \/>\nNotre souhait est donc d\u2019aboutir dans les meilleurs d\u00e9lais \u00e0 la conclusion d\u2019une Convention sectorielle des mines du Burkina Faso avec les partenaires sociaux et le gouvernement.<\/p>\n<p>S : D\u00e9j\u00e0 dans les soci\u00e9t\u00e9s mini\u00e8res, une soci\u00e9t\u00e9 comme Essakane o\u00f9 les expatri\u00e9s ont des salaires nettement diff\u00e9rents de ce que les nationaux per\u00e7oivent. Est-ce que cela ne peut pas v\u00e9ritablement provoquer cette crise que nous voyons en Afrique du Sud ?<\/p>\n<p>E.J.O. : En comparant les salaires des nationaux avec ceux des expatri\u00e9s, il faut se rendre \u00e0 l\u2019\u00e9vidence et tenir compte du fait qu\u2019un expatri\u00e9 est forcement dans une situation sp\u00e9cifique o\u00f9 il a des primes d\u2019expatriation. Au del\u00e0 de cela, il faut convenir qu\u2019\u00e0 qualification \u00e9gale et exp\u00e9rience \u00e9gale, les employ\u00e9s d\u2019une m\u00eame entreprise doivent avoir la m\u00eame classification.<\/p>\n<p>S : A propos de salaire, il ressort que la crise a gagn\u00e9 le domaine des mines et que des agents seraient sur le point d\u2019\u00eatre licenci\u00e9s. Qu\u2019en est-il r\u00e9ellement ?<\/p>\n<p>E.J.O. : Il n\u2019en est rien, c\u2019est une nouvelle que j\u2019apprends ici. Les co\u00fbts des m\u00e9taux se portent plut\u00f4t bien. Donc, on ne peut pas dire que les soci\u00e9t\u00e9s mini\u00e8res soient vraiment en crise. C\u2019est vrai que la plupart des soci\u00e9t\u00e9s mini\u00e8res ont vu leurs actions baisser, sans que l\u2019on ne sache vraiment ce qui se passe. On a l\u2019impression qu\u2019il y a une pr\u00e9f\u00e9rence pour le m\u00e9tal or et mais pas forcement pour la soci\u00e9t\u00e9 qui le produit. L\u2019int\u00e9r\u00eat porte sur l\u2019or m\u00eame, donc son prix monte. C\u2019est la crise internationale et l\u2019or joue alors son r\u00f4le de valeur refuge. C\u2019est ce qui entraine un d\u00e9calage entre l\u2019appr\u00e9ciation positive de l\u2019or et la valeur des actions des soci\u00e9t\u00e9s mini\u00e8res. Je ne pense pas que c\u2019est une crise qui conduit \u00e0 une restructuration.<\/p>\n<p>S : Aujourd\u2019hui, quel est le prix de l\u2019or sur le march\u00e9 ?<\/p>\n<p>E.J.O. : L\u2019once \u00e9tait \u00e0 1730 dollars hier ! En gramme, cela \u00e9quivaut entre 25 000 \u00e0 27 000 F CFA chez les bijoutiers au Burkina Faso.<\/p>\n<p>S : Quand l\u2019exploitation mini\u00e8re a commenc\u00e9 au Burkina Faso, les femmes ont esp\u00e9rer une baisse du prix de l\u2019or. Elles sont d\u00e9sol\u00e9es de constater que le prix de l\u2019or ne fait que grimper. Comment doivent-elles contenir cette d\u00e9ception ?<\/p>\n<p>E.J.O. : En tant que premier responsable de SEMAFO, je ne vois pas, moi-m\u00eame, l\u2019or produit \u00e0 Mana. D\u00e8s qu\u2019il quitte la mine, l\u2019or va directement chez l\u2019affineur pour \u00eatre transform\u00e9 en or pur \u00e0 99,99%. Cet or ne reste pas ici. Les exploitants qui int\u00e9ressent ici les femmes, ce sont les orpailleurs qui vendent leur production aux bijoutiers et c\u2019est avec eux qu\u2019on peut acheter l\u2019or sur place.<\/p>\n<p>S : On dit souvent que l\u00e0 o\u00f9 il y a de l\u2019or il y a des probl\u00e8mes, en t\u00e9moignent les diff\u00e9rentes difficult\u00e9s qu\u2019on a \u00e9voqu\u00e9es tant\u00f4t. L\u2019exploitation aurif\u00e8re ne suscite pas plus de peur que de profit ?<\/p>\n<p>E.J.O. : La mal\u00e9diction des ressources naturelles ne concerne pas particuli\u00e8rement l\u2019or. Elle concerne beaucoup plus d\u2019autres ressources que l\u2019or. L\u2019or noir qui est beaucoup plus proche de votre appr\u00e9ciation. Certains pays ont b\u00e2ti leur d\u00e9veloppement sur l\u2019industrie mini\u00e8re. Par exemple, c\u2019est le potentiel minier qui a fait de l\u2019Afrique du Sud la puissance \u00e9conomique du continent qu\u2019elle est aujourd\u2019hui. Plus pr\u00e8s de nous, on ne peut pas affirmer que le Ghana a eu la mal\u00e9diction de l\u2019or. Ce pays a aujourd\u2019hui une \u00e9conomie solide. Il vient m\u00eame de d\u00e9couvrir le p\u00e9trole. Esp\u00e9rons qu\u2019il va utiliser la m\u00eame sagesse de la gestion de l\u2019or pour \u00e9viter des mal\u00e9dictions dans ce domaine de l\u2019or noir. Le Canada est un pays qui a b\u00e2ti son d\u00e9veloppement principalement sur l\u2019or et l\u2019industrie mini\u00e8re y est principalement domin\u00e9e par le m\u00e9tal jaune. Ce sont ces mod\u00e8les qui m\u2019inspirent et me laisse croire qu\u2019au Burkina Faso aussi, nous pouvons r\u00e9ussir.<\/p>\n<p>S : Justement les mod\u00e8les que vous avez cit\u00e9s, le Ghana, l\u2019Afrique du Sud, sont construits surtout des op\u00e9rateurs miniers nationaux. Y a-t-il des entrepreneurs burkinab\u00e8 qui arrivent \u00e0 avoir ou qui pensent avoir des industries qui vont plus servir au pays en lieu et place des investisseurs \u00e9trangers qui semble venir exploiter sans retomb\u00e9es r\u00e9elles pour le pays ?<\/p>\n<p>E.J.O : C\u2019est une pr\u00e9occupation r\u00e9elle. Nous en discutons beaucoup avec le Ministre des Mines et le Ministre des Finances qui sont tr\u00e8s int\u00e9ress\u00e9s par la question des retomb\u00e9es du secteur minier, comment les optimiser. Nous avons pens\u00e9 au niveau de la Chambre des Mines qu\u2019il \u00e9tait bon qu\u2019on confie une \u00e9tude \u00e0 un cabinet ind\u00e9pendant de r\u00e9putation incontestable, pour voir quelle est la contribution du secteur minier au d\u00e9veloppement du pays, comment optimiser cette contribution en tenant compte des int\u00e9r\u00eats de toutes les parties prenantes. Nous m\u00e8nerons cette \u00e9tude pour voir comment se fait le partage des revenus, des b\u00e9n\u00e9fices g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par la mine, est-ce que c\u2019est \u00e9quitable entre les investisseurs, l\u2019Etat et les populations locales. Donc c\u2019est cette trilogie qu\u2019il faut consid\u00e9rer et faire en sorte que chacun ait le sentiment que le partage du g\u00e2teau est \u00e9quitable. Au niveau de la Chambre des Mines, nous avons int\u00e9r\u00eat \u00e0 cela. Les conclusions de cette \u00e9tude que les diff\u00e9rentes parties prenantes se seront appropri\u00e9es, pourront alors \u00eatre refl\u00e9t\u00e9es dans le code minier et les dispositions fiscales pour garantir l\u2019\u00e9quilibre dans le partage des revenus miniers. Et nous nous f\u00e9licitons du fait que le Ministre des Mines et le Ministre des Finances en soit all\u00e9s dans ce sens. Nous pensons que l\u2019\u00e9tude se r\u00e9alisera assez rapidement car l\u2019objectif est d\u2019arriver \u00e0 faire des mines des p\u00f4les de croissance pour les r\u00e9gions o\u00f9 elles existent. Nous allons essayer de voir comment on peut d\u00e9velopper des p\u00f4les de croissance en sachant que cela ne peut \u00eatre comme Bagr\u00e9, parce que la mine a cette sp\u00e9cificit\u00e9 qu\u2019elle s\u2019\u00e9puise un jour. M\u00eame si cela dure cent ans, il y aura une fin. Il faut donc prendre en compte l\u2019apr\u00e8s mine et essayer d\u2019utiliser les mines comme opportunit\u00e9s de d\u00e9velopper des p\u00f4les r\u00e9gionaux de croissance durable.<\/p>\n<p>S : Il se raconte que l\u00e0 o\u00f9 il y a de l\u2019or, il y a du p\u00e9trole et certains voient d\u00e9j\u00e0 le Burkina Faso comme un pays p\u00e9trolier. Est-ce que vous croyez \u00e0 cela ?<\/p>\n<p>E.J.O : Cela n\u2019est pas du tout vrai. G\u00e9ologiquement, ce n\u2019est pas prouv\u00e9 car l\u2019on trouve l\u2019or dans des formations g\u00e9ologiques o\u00f9 on ne trouve pas de p\u00e9trole. Est-ce qu\u2019au Burkina Faso, on aura du p\u00e9trole ? Je ne sais pas s\u2019il faut vraiment insister pour aller chercher du p\u00e9trole. D\u00e9veloppons bien ce qu\u2019on a, consolidons les acquis et ayons une bonne culture de la valorisation de nos mines.<\/p>\n<p>S : Vous avez tant\u00f4t \u00e9voqu\u00e9 le partenariat gagnant-gagnant entre les soci\u00e9t\u00e9s mini\u00e8res, l\u2019Etat et les populations riveraines. Actuellement, il y a un processus de relecture du code minier, quelles sont les attentes de la Chambre des Mines ?<\/p>\n<p>E.J.O. : Comme je vous le disais tant\u00f4t, nous avons vraiment int\u00e9r\u00eat dans cette phase, \u00e0 mener un dialogue serein, ouvert et franc avec les autorit\u00e9s principalement les Ministres des Mines, de l\u2019Environnement et celui des Finances pour qu\u2019on puisse refl\u00e9ter dans les dispositions du code minier des donn\u00e9es factuelles bien argument\u00e9es par exemple, les conclusions de l\u2019\u00e9tude dont je vous parlais. Si l\u2019\u00e9tude montre que les soci\u00e9t\u00e9s mini\u00e8res ne contribuent pas \u00e0 la hauteur de ce qu\u2019elles devraient faire, il sera facile de dire aux actionnaires que le partage n\u2019est pas \u00e9quilibr\u00e9 et de leur faire des propositions concr\u00e8tes pour aller vers cet \u00e9quilibre souhait\u00e9. Mais si c\u2019est d\u00e9j\u00e0 assez \u00e9quilibr\u00e9, il faudra plut\u00f4t qu\u2019on nous accompagne et qu\u2019on ne d\u00e9courage pas les soci\u00e9t\u00e9s qui sont en train de venir. Ce que les actionnaires craignent ou redoutent, ce sont les changements impr\u00e9vus des conditions d\u2019exploitation. Il faut plus de 250 milliards F CFA en moyenne pour construire une mine. Vous investissez cela avec des conditions qui vous sont donn\u00e9es et qui sont consign\u00e9es dans les conventions mini\u00e8res que l\u2019Etat signe avec la soci\u00e9t\u00e9. Si l\u2019actionnaire a l\u2019impression qu\u2019on peut changer du jour au lendemain ces conditions, il faut comprendre qu\u2019il se dise qu\u2019il y a un gros risque et cela peut affecter les projets en cours. N\u2019oublions pas que nous ne sommes pas encore un pays minier, nous sommes en bonne voie et il y a encore des efforts \u00e0 faire de part et d\u2019autre : consolidons d\u2019abord le processus !<br \/>\nNous consid\u00e9rons que dans tous les cas, l\u2019Etat a un pouvoir r\u00e9galien et il est notre principal partenaire. Nous avons donc int\u00e9r\u00eat \u00e0 ce que le Ministre des Mines et celui des Finances ne soient pas en train de douter de notre contribution. S\u2019ils pensent qu\u2019on ne fait pas assez, ils ont tous les moyens et la puissance publique pour aller chercher ce qu\u2019ils pensent qu\u2019ils doivent chercher. Donc autant faire cette \u00e9tude et dialoguer sinc\u00e8rement.<\/p>\n<p>S : Dites-nous comment le citoyen ordinaire peut-il suivre les traces de l\u2019argent de l\u2019or destin\u00e9 au Tr\u00e9sor public ?<\/p>\n<p>E.J.O. : C\u2019est l\u2019objectif de l\u2019ITE, \u00e9voqu\u00e9 plus haut, l\u2019Initiative pour la transparence des industries extractives. D\u2019une part les soci\u00e9t\u00e9s mini\u00e8res ont l\u2019obligation de d\u00e9clarer ce qu\u2019elles payent \u00e0 l\u2019Etat. Pour l\u2019autre part, il faut poser la question \u00e0 qui de droit. Eux aussi ont l\u2019obligation de dire qu\u2019est ce qu\u2019on en fait. Je crois que ce sont les deux volets.<\/p>\n<p>S : Dans le souci d\u2019une redistribution \u00e9quitable des ressources issues de l\u2019exploitation de l\u2019or, la soci\u00e9t\u00e9 mini\u00e8re SEMAFO a mis en place une fondation. Aujourd\u2019hui, qu\u2019est-ce que cette fondation a pu r\u00e9aliser concr\u00e8tement pour la localit\u00e9 de Mana, en particulier et le Burkina, en g\u00e9n\u00e9ral ?<\/p>\n<p>E.J.O. : Voila une question qui va nous permettre de parler sp\u00e9cifiquement de la SEMAFO. On ne peut plus g\u00e9rer les mines comme autrefois. Les promoteurs des mines savent que dans les pays o\u00f9 ils font de l\u2019exploitation, il faut qu\u2019ils aient l\u2019appui de l\u2019Etat et \u00e9galement l\u2019appui des populations riveraines. C\u2019est un probl\u00e8me de bonne marche et de rentabilit\u00e9 m\u00eame de la mine. Quand vous voyez ce qui se passe dans le Golfe du B\u00e9nin, pour les soci\u00e9t\u00e9s p\u00e9troli\u00e8res, il est clair que cette soci\u00e9t\u00e9-l\u00e0 a du mal \u00e0 prosp\u00e9rer durablement. Pour \u00e9viter ces genres de situation, il faut que la mine travaille \u00e0 \u00eatre en bonne intelligence avec les populations. A SEMAFO, nous nous sommes dit qu\u2019on peut savoir bien exploiter l\u2019or, l\u2019exploiter dans des conditions tr\u00e8s rentables sans pour autant savoir faire du d\u00e9veloppement communautaire. C\u2019est pour cela, qu\u2019il nous est apparu important de confier les probl\u00e9matiques de d\u00e9veloppement communautaire \u00e0 une fondation qui est sp\u00e9cialis\u00e9e dans ce domaine. Nous affectons 2% de nos r\u00e9sultats \u00e0 la fondation SEMAFO pour qu\u2019elle fasse du d\u00e9veloppement communautaire dans la zone d\u2019implantation de nos mines. Cette fondation est autonome avec son Conseil d\u2019administration et sa Direction g\u00e9n\u00e9rale. Elle est sp\u00e9cialis\u00e9e en d\u00e9veloppement communautaire et en d\u00e9veloppement durable. La philosophie c\u2019est d\u2019utiliser l\u2019opportunit\u00e9 de la mine qui est une entreprise \u00e0 dur\u00e9e de vie limit\u00e9e pour cr\u00e9er une dynamique de d\u00e9veloppement durable au niveau local. En pensant \u00e0 l\u2019apr\u00e8s mine pour \u00e9viter les trag\u00e9dies qu\u2019on a connues comme celle de Poura. La fondation SEMAFO a r\u00e9ellement commenc\u00e9 ses activit\u00e9s en 2010. A Mana, o\u00f9 certains d\u2019entre vous se sont d\u00e9j\u00e0 rendus, ils ont pu constater des r\u00e9alisations qui sont effectu\u00e9es par la mine. Les acquis sont importants et nous donnent une enti\u00e8re satisfaction. Il y a des \u00e9coles, des CEG, des biblioth\u00e8ques, des maternit\u00e9s, des dispensaires qui ont \u00e9t\u00e9 construits et \u00e9lectrifi\u00e9s. Des forages y sont \u00e9galement \u00e9rig\u00e9s. A ces infrastructures, s\u2019ajoutent l\u2019appui aux activit\u00e9s g\u00e9n\u00e9ratrices de revenus. Les femmes en ont \u00e9t\u00e9 les principales b\u00e9n\u00e9ficiaires. Au d\u00e9but des activit\u00e9s, j\u2019y ai \u00e9t\u00e9 avec la Directrice de la fondation pour faire l\u2019\u00e9tat des lieux. Lorsqu\u2019on veut faire du d\u00e9veloppement communautaire, et cela je l\u2019ai appris lorsque j\u2019\u00e9tais au CAPES, il faut d\u2019abord proc\u00e9der \u00e0 l\u2019\u00e9tat des lieux des savoirs locaux. Qu\u2019est-ce que les gens savent faire dans leur culture, c\u2019est ce qui doit \u00eatre identifi\u00e9. Nous avons r\u00e9fl\u00e9chi \u00e0 cela pendant plus de deux et nous nous sommes rendu compte que les groupements f\u00e9minins \u00e9taient tr\u00e8s organis\u00e9s et en particulier, il y avait une tradition de fabrique du beurre de karit\u00e9. Cette activit\u00e9 est certes men\u00e9e tr\u00e8s artisanalement mais c\u2019est une tradition bien \u00e9tablie et les femmes \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 organis\u00e9es autour de cela. La Fondation a choisi de la renforcer en discutant avec elles pour voir comment les soutenir. Aujourd\u2019hui, il y a une superbe savonnerie moderne \u00e0 Yona qui regroupe plus de 8 000 femmes. Cela leur procure des revenus. Quand on \u00e9tablit une comparaison entre la situation d\u2019avant et d\u2019aujourd\u2019hui de ces femmes, la satisfaction, de voir que leurs conditions de vie se sont nettement am\u00e9lior\u00e9es, est unanime. Cette savonnerie alimente notre base vie \u00e0 Mana. Les travailleurs n\u2019ach\u00e8tent du savon nulle part ailleurs que ceux de cette savonnerie qui, du reste, sont aussi vendus au Canada. Les responsables du groupement ont effectu\u00e9 un voyage au Canada o\u00f9 elles ont sign\u00e9 un contrat avec un partenaire canadien. Le succ\u00e8s est formidable. Nous avons enregistr\u00e9 r\u00e9cemment une commande de cinq tonnes de beurre de karit\u00e9 de la Cor\u00e9e du Sud. Le deuxi\u00e8me projet-phare, c\u2019est le s\u00e9same. Ce volet est ex\u00e9cut\u00e9 avec la Commission des Nations unies pour les produits de base. C\u2019est un projet qui porte sur quatre millions de dollars soit \u00e0 peu pr\u00e8s deux milliards F CFA. Ce projet va au-del\u00e0 des environs imm\u00e9diats de la mine parce que dans la r\u00e9gion NDLR : Boucle du Mouhoun), on a \u00e9galement vu que les populations \u00e9taient traditionnellement port\u00e9s sur la culture du s\u00e9same. C\u2019est une des fili\u00e8res agricoles les plus rentables actuellement. Les superficies emblav\u00e9es cette ann\u00e9e sont tr\u00e8s importantes. Dieu merci, la pluviom\u00e9trie a \u00e9t\u00e9 bonne et les r\u00e9coltes abondantes. A terme, l\u2019ambition autour de ce projet s\u00e9same est de construire une usine de fabrique d\u2019huile de s\u00e9same \u00e0 Bobo-Dioulasso pour susciter plus de valeur ajout\u00e9e. L\u00e0 encore, ce sont les femmes qui sont aux premiers plans comme d\u2019habitude. Maintenant que les hommes voient qu\u2019elles arrivent \u00e0 avoir des revenus, ils veulent \u00e9galement se mettre dans la danse. Il y a d\u2019autres activit\u00e9s de la Fondation qui sont men\u00e9es dans le cadre de l\u2019am\u00e9lioration des conditions de vie des populations. Par exemple, nous avons d\u00e9cid\u00e9 de lotir la cit\u00e9 mini\u00e8re de Wona. Pour avoir tir\u00e9 les le\u00e7ons de Poura, nous n\u2019avons pas voulu lotir Wona seul o\u00f9 se trouve l\u2019usine. Bana et Kona sont pris en compte dans l\u2019op\u00e9ration. Ces lotissements permettront l\u2019\u00e9lectrification et l\u2019alimentation en eau des zones concern\u00e9es par la Sonabel et l\u2019On\u00e9a.<\/p>\n<p>S : N\u2019est-ce pas une mani\u00e8re de vous racheter apr\u00e8s l\u2019\u00e9chec de la mine de Poura dont certains n\u2019h\u00e9sitent pas \u00e0 vous attribuer une responsabilit\u00e9 dans la fermeture de cette mine. Qu\u2019est-ce qui s\u2019est pass\u00e9 r\u00e9ellement ?<\/p>\n<p>E.J.O. : En m\u00eame temps que cette question me r\u00e9jouit parce qu\u2019elle me donne l\u2019occasion de m\u2019expliquer ; elle m\u2019exasp\u00e8re car c\u2019est une accusation sans fondement. Cela fait mal. Ce jugement ne correspond pas du tout \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9. Poura m\u2019a donn\u00e9 mon premier emploi quand je suis rentr\u00e9 de mes \u00e9tudes. Avec force, je puis d\u00e9clarer que c\u2019est Poura qui a fait de moi ce que je suis devenu dans le domaine des mines. En aucun moment, je ne pourrai me tirer moi-m\u00eame une balle au pied. A la v\u00e9rit\u00e9 et c\u2019est ce que beaucoup ignorent : Je ne suis pas fonctionnaire de l\u2019Etat ; je suis un contractuel de Poura. Au passage, j\u2019exprime ma gratitude \u00e0 Pierre Tapsoba, alors administrateur-coordonnateur de Poura, pour m\u2019avoir donn\u00e9 ce premier emploi. C\u2019est lui qui m\u2019a nomm\u00e9 et \u00e0 l\u2019\u00e9poque j\u2019\u00e9tais charg\u00e9 du suivi des infrastructures \u00e0 la r\u00e9ouverture de la mine.<\/p>\n<p>S : Alors puisque nous avons l\u2019occasion de d\u00e9couvrir enfin la v\u00e9rit\u00e9, dites-nous ce qui s\u2019est r\u00e9ellement pass\u00e9 \u00e0 Poura pour que la premi\u00e8re et unique mine industrielle du pays \u00e0 l\u2019\u00e9poque p\u00e9riclite ainsi ?<\/p>\n<p>E.J.O. : Mon t\u00e9moignage sera succinct pour r\u00e9tablir la v\u00e9rit\u00e9. Il est bon de savoir que Poura est une mine r\u00e9habilit\u00e9e. Elle avait exist\u00e9 pendant la p\u00e9riode coloniale. C\u2019\u00e9tait la Soci\u00e9t\u00e9 des mines de Poura (SMP) qui produisait d\u00e9j\u00e0 de l\u2019or. Elle a m\u00eame particip\u00e9 \u00e0 l\u2019effort de guerre pendant la seconde guerre mondiale. Cette r\u00e9habilitation a commenc\u00e9 en 1984 avec vingt (20) tonnes d\u2019or de r\u00e9serves. Selon le plan d\u2019exploitation, la mine devait \u00eatre exploit\u00e9e \u00e0 raison de 2 tonnes par an, donc pour une dur\u00e9e de vie estim\u00e9e \u00e0 10 ans au cas o\u00f9 les r\u00e9serves ne seraient pas renouvel\u00e9es. Nous avons commenc\u00e9 l\u2019exploitation en carri\u00e8re, la mine souterraine devait prendre le relais. En commen\u00e7ant en carri\u00e8re, c\u2019est la soci\u00e9t\u00e9 COFRAMINE, une soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise qui g\u00e9rait la mine : le rythme s\u2019est intensifi\u00e9 d\u00e8s le d\u00e9part parce la production \u00e9tait bonne. On a fait 2 tonnes en 1985, puis 3 tonnes \u00e0 partir de 1986-1987. A ce rythme, la dur\u00e9e de vie de la mine diminue forc\u00e9ment. En 1989, au moment o\u00f9 on avait fini l\u2019exploitation en carri\u00e8re, et qu\u2019on devait continuer en mine souterraine, les galeries qu\u2019on avait creus\u00e9es pour acc\u00e9der \u00e0 cette mine souterraine se sont effondr\u00e9es ! C\u2019est l\u00e0 toute la trag\u00e9die de Poura ! On avait fini d\u2019exploiter le gisement en carri\u00e8re et on ne pouvait pas acc\u00e9der \u00e0 la mine souterraine parce les galeries se sont effondr\u00e9es. Il fallait creuser une autre galerie pour y acc\u00e9der. Ce qui s\u2019est pass\u00e9, c\u2019est que c\u2019est l\u2019argent qui \u00e9tait pr\u00e9vu pour la recherche qui a \u00e9t\u00e9 inject\u00e9 dans le creusement de la nouvelle galerie et nous \u00e9tions dans une situation tr\u00e8s difficile. C\u2019est vraiment gr\u00e2ce \u00e0 la volont\u00e9 politique du gouvernement de maintenir les travailleurs en poste que la mine n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 ferm\u00e9e de sit\u00f4t. Comme on avait l\u2019espoir de creuser une nouvelle descenderie assez rapidement et de reprendre l\u2019exploitation, mieux valait garder les travailleurs pour assurer la rel\u00e8ve des activit\u00e9s. En fin de compte cela s\u2019est traduit par un licenciement de presque la moiti\u00e9 des travailleurs. On est pass\u00e9 de 700 \u00e0 300 en 1989. Et c\u2019est \u00e0 ces moments difficiles que j\u2019ai \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 en 1990, Directeur g\u00e9n\u00e9ral de la mine de Poura. Avec ces difficult\u00e9s, COFRAMINE, gestionnaire de la mine, est partie. Et je me suis retrouv\u00e9 avec une \u00e9quipe exclusivement compos\u00e9e de Burkinab\u00e8 pour g\u00e9rer cette mine dans ces difficult\u00e9s. J\u2019avais en charge la gestion de la mine avec d\u2019autres collaborateurs tels que le directeur de la mine, Cyril Kabr\u00e9, le directeur de l\u2019usine, Boureima Ou\u00e9draogo, le DAF Abel Palm, le directeur de la recherche, Zonou Siaka, etc. Les difficult\u00e9s \u00e9taient telles qu\u2019elles ont conduit \u00e0 la mise sous administration provisoire de la mine de Poura en 1992. Quand on met une soci\u00e9t\u00e9 sous administration provisoire, c\u2018est que la situation est d\u2019une gravit\u00e9 telle qu\u2019un mandat pr\u00e9cis, avec une dur\u00e9e pr\u00e9cise, est donn\u00e9 \u00e0 l\u2019administrateur pour relancer ou pour liquider l\u2019entit\u00e9. J\u2019\u00e9tais donc nomm\u00e9 administrateur provisoire, on m\u2019avait donn\u00e9 4 ans pour me prononcer si la mine devait fermer ou si des solutions viables pouvaient \u00eatre envisag\u00e9es. Il \u00e9tait clair, si des solutions ne sont pas trouv\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9ch\u00e9ance, l\u2019administrateur provisoire est vir\u00e9 et la mine ferm\u00e9e. Et pendant ce temps, le gouvernement a quand m\u00eame d\u00e9cid\u00e9 de maintenir les travailleurs, parce qu\u2019on s\u2019est dit qu\u2019on allait tout faire pour trouver un partenaire. Nous avons commenc\u00e9 par taper \u00e0 la porte de l\u2019Union europ\u00e9enne : le Sysmine est pour les mines, ce que le Stabex est pour l\u2019agriculture. C\u2019est une disposition de l\u2019UE qui indique que quand un pays a une perte de viabilit\u00e9 sur un produit d\u2019exportation minier qui lui est essentielle, l\u2019UE donne une subvention pour aider \u00e0 r\u00e9tablir l\u2019\u00e9quilibre. Le Sysmine venait d\u2019\u00eatre mis en place et les pays africains \u00e9taient \u00e9ligibles. Nous nous sommes dit que c\u2019est une aubaine, il faut y aller. Nous avons eu la chance, parce qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque, l\u2019ambassadeur de l\u2019Union europ\u00e9enne \u00e9tait tr\u00e8s engag\u00e9 pour le Burkina Faso et connaissait bien le probl\u00e8me de la mine de Poura. Il nous a \u00e9t\u00e9 d\u2019un grand recours pour d\u00e9fendre notre dossier aupr\u00e8s de Bruxelles. L\u2019UE a finalement accept\u00e9 d\u2019aider le gouvernement burkinab\u00e8 en lui donnant des subventions pour faire la recherche et trouver de nouvelles r\u00e9serves mais \u00e0 la condition de s\u2019associer un partenaire priv\u00e9. C\u2019\u00e9tait une administration provisoire et c\u2019est l\u2019Etat qui poss\u00e9dait la mine \u00e0 100 %, qui \u00e9tait g\u00e9r\u00e9e par des Burkinab\u00e8. L\u2019UE nous a identifi\u00e9 des consultants, on a fait un appel \u00e0 concurrence et on a retenu une soci\u00e9t\u00e9 canadienne SAHELIENNE, qui \u00e9tait d\u2019accord pour prendre la gestion de la mine en charge. L\u2019UE a apport\u00e9 son appui financier pour faire la recherche et prouver de nouvelles r\u00e9serves parce que Poura en \u00e9tait d\u00e9pourvue et c\u2019est toujours le cas. Je me f\u00e9licite qu\u2019il y ait un nouveau repreneur de Poura. Le potentiel est \u00e9norme \u00e0 Poura et il faut mener de la recherche pour le confirmer. Donc il y avait de l\u2019argent pour faire la recherche, on avait un partenaire priv\u00e9 et c\u2019est pratiquement quelques trois ou quatre mois apr\u00e8s avoir sign\u00e9 la convention avec l\u2019EU et le partenaire que j\u2019ai eu le privil\u00e8ge d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 appel\u00e9 au gouvernement pour cr\u00e9er ou recr\u00e9er le Minist\u00e8re de l\u2019Energie et des Mines qui a connu des al\u00e9as dans son existence. J\u2019avais le mandat de cr\u00e9er un Minist\u00e8re plein de l\u2019Energie et des Mines en 1995. Avec l\u2019appui de l\u2019UE, la soci\u00e9t\u00e9 canadienne a pris le relais \u00e0 Poura. J\u2019ai donc quitt\u00e9 Poura sur une note d\u2019espoir, celle d\u2019une relance de la mine. Mais vous vous souviendrez peut-\u00eatre du scandale qui a affect\u00e9 le monde minier dans les ann\u00e9es 1998-1999, appel\u00e9 \u00ab\u00a0BRE-X\u201d qui a entrain\u00e9 l\u2019effondrement des cours de l\u2019or ? Ce scandale a affect\u00e9 le monde minier au niveau international. Au moment o\u00f9 on pensait que Poura allait trouver des r\u00e9serves et repartir, ce fut une v\u00e9ritable catastrophe qui est venue compl\u00e8tement terrasser Poura avec un cours de l\u2019or qui s\u2019\u00e9tait effondr\u00e9 \u00e0 258 dollars l\u2019once \u00e0 l\u2019\u00e9poque alors qu\u2019aujourd\u2019hui, il est \u00e0 1700 dollars soit pr\u00e8s de 7 fois plus !<br \/>\nLa mine de Poura a \u00e9t\u00e9 donc ferm\u00e9e dans la catastrophe. Depuis l\u2019\u00e9boulement des galeries, tous les sch\u00e9mas de d\u00e9veloppement qui \u00e9taient pr\u00e9vus \u00e0 Poura ont \u00e9t\u00e9 compl\u00e8tement boulevers\u00e9s. Ce n\u2019\u00e9tait pas une fermeture planifi\u00e9e. Poura doit servir de le\u00e7on pour pr\u00e9voir l\u2019apr\u00e8s mine, pour que \u00ab\u00a0plus jamais \u00e7a\u201d.<\/p>\n<p>S : Serait-il trop demander aux soci\u00e9t\u00e9s mini\u00e8res que de solliciter leur concours pour bitumer les axes qui m\u00e8nent aux sites d\u2019exploitation ?<\/p>\n<p>E.J.O. : Le bitumage co\u00fbte tr\u00e8s cher. En r\u00e9alit\u00e9, ce n\u2019est pas l\u2019objet des soci\u00e9t\u00e9s mini\u00e8res. Souvent, les populations locales nous demandent de nous substituer \u00e0 l\u2019Etat. Nous n\u2019avons pas cette pr\u00e9rogative. G\u00e9n\u00e9ralement, c\u2019est par le biais de la coop\u00e9ration multilat\u00e9rale ou bilat\u00e9rale que les bitumages d\u2019axes ou les constructions de grosses infrastructures peuvent se r\u00e9aliser. Je vous le r\u00e9p\u00e8te, ce sont entre 250 \u00e0 300 milliards qu\u2019il faut investir pour ouvrir une mine moyenne. Une route de cent (100) kilom\u00e8tres bitum\u00e9e n\u2019est pas une petite somme. Prise sur les r\u00e9sultats de la mine, ses fondamentaux sont d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9s.<\/p>\n<p>S : Les cyclistes avec peu de moyens font de grands r\u00e9sultats. Pourquoi ne soutenez-vous pas cette discipline alors que vous avez soutenu la participation des Etalons \u00e0 la CAN avec de gros moyens sans r\u00e9sultats ?<\/p>\n<p>E.J.O. : Nous sommes en train de r\u00e9fl\u00e9chir sur les modalit\u00e9s de soutien parce que nous sommes tr\u00e8s sollicit\u00e9s. Si nous avons soutenu la participation des Etalons \u00e0 la CAN, c\u2019est parce que nous avons r\u00e9pondu \u00e0 l\u2019appel du Pr\u00e9sident du Faso \u00e0 accompagner le football qui reste quand m\u00eame le sport-roi. La CAN est un moment extr\u00eamement important pour le continent et plus pour le Burkina Faso quand son \u00e9quipe est qualifi\u00e9e. C\u2019est la grande f\u00eate de la jeunesse africaine et le football est l\u2019un des rares sports qui a cette magie de permettre \u00e0 une nation de se trouver derri\u00e8re le m\u00eame drapeau et de vibrer \u00e0 l\u2019unisson ! Il y a tellement de conflits par-ci, par-l\u00e0 en Afrique, que quand il y a un moment o\u00f9 ses habitants peuvent observer une tr\u00eave et se retrouver pour f\u00eater le football, il faut y apporter sa contribution. C\u2019est un moyen pour tout le monde, toutes tendances, toutes croyances, toutes franges et toutes ob\u00e9diences confondues, de se reconna\u00eetre \u00e0 travers des acteurs sur le terrain. C\u2019est extr\u00eamement important. C\u2019est dans un tel esprit que nous avons voulu bien accompagner les Etalons. Ce soutien a \u00e9t\u00e9 \u00e9galement motiv\u00e9 par le fait que nous venions de nous constituer en Chambre des Mines avec envie de nous faire conna\u00eetre \u00e0 travers ce sponsoring.<\/p>\n<p>S : N\u2019est-il pas mieux de soutenir \u00e9galement le championnat national ?<\/p>\n<p>E.J.O. : C\u2019est une position que beaucoup de membres partagent au niveau de la Chambre des Mines. Comme nous ne nous sommes pas encore pench\u00e9s sur la question, nous allons l\u2019examiner en son temps. Il y a d\u00e9j\u00e0 des soci\u00e9t\u00e9s comme IAMGOLD qui contribuent au championnat. En fonction des temp\u00e9raments, il y a des patrons de mine et d\u2019autres acteurs de l\u2019\u00e9conomie nationale qui sont des fans de football. Il convient de les encourager \u00e0 y aller.<\/p>\n<p>S : En C\u00f4te d\u2019Ivoire, pays voisin, est-ce que Alassane Dramane est r\u00e9ellement l\u2019homme de la situation ? Peut-il vraiment ramener la paix dans ce pays si voisin ?<\/p>\n<p>E.J.O. : Je suis optimiste sur la situation en C\u00f4te d\u2019Ivoire qui vit une p\u00e9riode de transition. La crise a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s profonde. On ne peut pas s\u2019attendre \u00e0 ce que la paix revienne aussi rapidement qu\u2019on le souhaite. Mais je pense que le Pr\u00e9sident Alassane Dramane Ouattara est un homme qui fait preuve de bonnes dispositions. Il est dans la bonne direction \u00e0 mon avis. Personnellement, je pense que les choses vont dans le bon sens pour ce pays. Il faut souhaiter qu\u2019il y ait la paix des c\u0153urs et que tous ces soubresauts qui sont peut-\u00eatre in\u00e9vitables \u00e0 cette phase-l\u00e0, s\u2019estompent. On sent que le Pr\u00e9sident Alassane Dramane Ouattara a la volont\u00e9 d\u2019amener le pays vers la paix et aussi sur les rails du d\u00e9veloppement \u00e9conomique. C\u2019est un grand \u00e9conomiste et en raison de tous les postes qu\u2019il a occup\u00e9s, il en a la capacit\u00e9 et il a surtout un important r\u00e9seau relationnel et \u00e7a compte.<\/p>\n<p>S : Vous \u00eates optimiste pour la C\u00f4te d\u2019Ivoire. Que dites-vous pour le Mali qui n\u2019est pas aussi moins si voisin ?<\/p>\n<p>E.J.O. : C\u2019est plus compliqu\u00e9 pour le Mali. C\u2019est une d\u00e9sagr\u00e9able surprise qui ne porte pas \u00e0 l\u2019optimisme. Personne ne s\u2019attendait \u00e0 cet effondrement au nord du pays. C\u2019est bien dommage pour le Mali qui a montr\u00e9 \u00e0 certains \u00e9gards, qu\u2019il a engrang\u00e9 des acquis dans le cadre du processus d\u00e9mocratique. La situation s\u2019est compliqu\u00e9e par la pr\u00e9sence des islamiques radicaux, d\u2019AQMI et des certains groupes aux int\u00e9r\u00eats inavouables. Ce sont des r\u00e9alit\u00e9s qui bouleversent effectivement toute la donne et cr\u00e9ent des situations difficiles, tr\u00e8s compliqu\u00e9es. Surtout que l\u2019embrouillamini politique constat\u00e9 de jour en jour \u00e0 Bamako n\u2019augure pas une issue favorable dans les plus brefs d\u00e9lais.<\/p>\n<p>S : Depuis le mois de mai, la France a un nouveau Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique Fran\u00e7ois Hollande. Que peut-on attendre de ce monsieur \u00e0 la t\u00eate d\u2019un pays avec lequel notre pays a des relations \u00e9troites ?<\/p>\n<p>E.J.O. : Je ne suis pas de ceux qui pensent qu\u2019\u00e0 chaque fois qu\u2019il y a un nouveau pr\u00e9sident en France, les choses vont changer. Si on attend du Pr\u00e9sident fran\u00e7ais qu\u2019il vienne changer les choses ici, je pense qu\u2019on ne changera rien du tout. Ce n\u2019est pas le changement d\u2019un Pr\u00e9sident qui changera fondamentalement les relations qui existent entre la France et les pays d\u2019Afrique dont le Burkina Faso. Comme le G\u00e9n\u00e9ral De Gaulle le disait : \u00ab La France n\u2019a pas d\u2019amis, elle a des int\u00e9r\u00eats \u00bb. Il nous appartient aussi de voir o\u00f9 sont nos int\u00e9r\u00eats.<\/p>\n<p>S : Monsieur le Pr\u00e9sident, vous \u00eates \u00e9galement une autorit\u00e9 coutumi\u00e8re. Vous ne vous \u00eates jamais demand\u00e9 aujourd\u2019hui o\u00f9 va-t-on avec toutes ces turbulences en Afrique ?<\/p>\n<p>E.J.O. : J\u2019aurais aim\u00e9 pouvoir prendre toutes ces crises d\u2019un point de vue positif, en me r\u00e9f\u00e9rant au sociologue Karl Marx qui disait : \u00ab La violence est l\u2019accoucheuse de toute vieille civilisation en travail \u00bb. C\u2019est-\u00e0-dire que j\u2019ose esp\u00e9rer que ce sont des crises fondatrices. On a connu des turbulences dans d\u2019autres espaces du monde, par exemple l\u2019Asie du Sud- Est qui \u00e9tait \u00e0 un moment donn\u00e9, une tr\u00e8s grande zone de remous de tout genre. Aujourd\u2019hui, ce sont des dragons qui s\u2019y tiennent. On peut souhaiter et esp\u00e9rer qu\u2019en Afrique aussi, ce soit des crises fondatrices et d\u00e8s qu\u2019elles se seraient pass\u00e9es, on aura \u00e0 s\u2019occuper du d\u00e9veloppement. Et que cela cr\u00e9era des conditions de stabilit\u00e9 sociale durable qui permettront vraiment de s\u2019occuper des vrais probl\u00e8mes de d\u00e9veloppement qui sont certainement le souci principal des responsables en Afrique.<\/p>\n<p>S : Vous \u00eates chef coutumier, mais vous avez \u00e9galement d\u2019\u00e9normes responsabilit\u00e9s dans le secteur minier. Comment arrivez-vous \u00e0 concilier vos occupations professionnelles et vos obligations coutumi\u00e8res ?<\/p>\n<p>E.J.O. : Je me suis oblig\u00e9 \u00e0 d\u00e9velopper la culture de la synth\u00e8se et de la d\u00e9l\u00e9gation. C\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il faut savoir aller \u00e0 l\u2019essentiel des dossiers et aussi d\u00e9l\u00e9guer. La d\u00e9l\u00e9gation suppose la confiance qui n\u2019exclut pas le contr\u00f4le, donc charge \u00e0 cette personne d\u2019avoir l\u2019obligation de vous rendre compte. C\u2019est ce qui permet de mieux appr\u00e9hender l\u2019essentiel des probl\u00e8mes et de maintenir les orientations que l\u2019on s\u2019est fix\u00e9es.<\/p>\n<p>S : Dans la course au tr\u00f4ne \u00e0 Gourcy, il y avait d\u2019autres candidats et non des moindres parmi lesquels le beau-p\u00e8re du fr\u00e8re cadet du Pr\u00e9sident du Faso. Certains pensent m\u00eame que vous auriez refus\u00e9 si vous n\u2019\u00e9tiez pas oblig\u00e9. Comment \u00eates- vous devenu Naaba B\u00e3oogo ?<\/p>\n<p>E.J.O. : Comme d\u2019autres, je suis une certaine expression de mon \u00e9poque. Il est arriv\u00e9 avec le temps que dans les familles royales, des responsables \u00e0 un certain niveau deviennent \u00e9ligibles \u00e0 la chefferie traditionnelle. Cela se voit et cela se verra de plus en plus. C\u2019est une \u00e9volution du temps qui fait qu\u2019on est amen\u00e9 \u00e0 r\u00e9pondre au devoir parce qu\u2019il y a des moments o\u00f9 il y a des devoirs auxquels on ne peut se soustraire. Par la gr\u00e2ce de Dieu et de la volont\u00e9 de sa Majest\u00e9 le Naaba Kiiba, le roi du Yatenga, qui nomme le chef de Gourcy, je suis devenu chef coutumier.<\/p>\n<p>S : On dit le plus souvent qu\u2019un chef coutumier poss\u00e8de des connaissances occultes. C\u2019est bien votre cas ?<\/p>\n<p>E.J.O. : En toute modestie, je suis encore dans le rituel d\u2019habitation de la fonction, m\u00eame si un chef est un chef. Je ne m\u2019autorise pas pour l\u2019instant d\u2019envoyer des missiles \u00e0 qui que ce soit. (Rires).<\/p>\n<p>S : Qui est Elie Justin Ou\u00e9draogo ?<\/p>\n<p>E.J.O. : En bon moaga, il est difficile de parler de soi-m\u00eame. Je vais vous renvoyer \u00e0 mon curriculum vitae.<\/p>\n<p>S : Avez-vous assez de temps pour des loisirs ?<\/p>\n<p>E.J.O. : Je pratique le tennis. Pour ce faire, je suis un fan de Roger Federer.<\/p>\n<p>S : Pourquoi dit-on que Gourcy est la capitale du Yatenga ?<\/p>\n<p>E.J.O. : C\u2019est la capitale historique du Yatenga parce que c\u2018est l\u00e0 que Naaba Yad\u00e9ga a fond\u00e9 son royaume qui porte son nom Yatenga \u00ab Yadg Tenga \u00bb. Son mausol\u00e9e et les f\u00e9tiches du royaume s\u2019y trouvent. Quand le Mogho Naaba, le vendredi, monte sur son cheval pour le \u00ab faux d\u00e9part \u00bb, c\u2019est pour aller chercher les f\u00e9tiches \u00e0 Gourcy. Et c\u2019est pour cela aussi que le roi du Yatenga se fait introniser \u00e0 Gourcy et ne revient plus jamais \u00e0 Gourcy.<\/p>\n<p>S : Pourquoi avoir opt\u00e9 pour un site Internet www.naabaoogo-gourcy.net dans lequel vous essayez de valoriser les coutumes, alors que cette fonction rel\u00e8ve sacr\u00e9 ?<\/p>\n<p>E.J.O. : Il faut \u00f4ter de la chefferie traditionnelle l\u2019image d\u2019occultisme qu\u2019on lui colle pour qu\u2019on ne voie pas les chefs coutumiers comme de simples f\u00e9tichistes. La chefferie coutumi\u00e8re est d\u2019essence politique au sens \u00e9tymologique du terme. Avant l\u2019arriv\u00e9e du colon, ce sont les chefs coutumiers qui g\u00e9raient la cit\u00e9. Le chef coutumier doit \u00eatre aujourd\u2019hui ouvert \u00e0 son temps. De plus en plus, avec le temps, par la force des choses, les chefferies coutumi\u00e8res qui sont assur\u00e9es par des intellectuels vont faire leur mutation. Il y a une dynamique positive qui va forc\u00e9ment se faire d\u2019elle-m\u00eame et qui va permettre, effectivement avec la constitutionnalisation de la chefferie traditionnelle de jouer un r\u00f4le politique sans \u00eatre de \u00ab politique politicienne \u00bb. Mais en s\u2019investissant dans une politique de coh\u00e9sion, de rassemblement et de r\u00e9f\u00e9rentiel culturel pouvant participer \u00e0 la r\u00e9gulation, \u00e0 la paix et \u00e0 la coh\u00e9sion sociale.<\/p>\n<p>S : Avez-vous renonc\u00e9 \u00e0 faire de la politique politicienne ?<\/p>\n<p>E.J.O. : La politique politicienne n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 mon domaine. Je ne m\u2019y suis jamais adonn\u00e9. (Rires).<\/p>\n<p>S : Que pensez-vous de l\u2019entendement selon lequel la chefferie coutumi\u00e8re doit se mettre \u00e0 l\u2019\u00e9cart de la politique ?<\/p>\n<p>E.J.O. : Tant qu\u2019on n\u2019aura pas d\u00e9fini clairement le statut de la chefferie coutumi\u00e8re et son r\u00f4le, on ne peut pas faire un proc\u00e8s aux chefs qui font de la politique parce qu\u2019une fois de plus, la chefferie coutumi\u00e8re est d\u2019essence politique. Ce qu\u2019il faut regretter, c\u2019est le fait que jusque-l\u00e0, il y ait une esp\u00e8ce de confrontation entre les structures de l\u2019Etat moderne, h\u00e9rit\u00e9 de la colonisation et le mode soci\u00e9tal d\u2019organisation et du v\u00e9cu politique qui \u00e9tait assum\u00e9 par la chefferie traditionnelle. J\u2019ai le d\u00e9cret N\u00b0189\/PRES\/IN du 8 juin 1962 qui est tr\u00e8s \u00e9difiant sur ce conflit et qui stipulait que : Article 1er : \u00ab Les chefferies traditionnelles devenues vacantes soit par suite du d\u00e9c\u00e8s de leur titulaire, soit par la suite d\u2019une mesure administrative, ne sont plus pourvues sous aucune forme que ce soit \u00bb. C\u2019est le constat du d\u00e9sir de suppression de la chefferie coutumi\u00e8re parce qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque, le Mogho Naaba avait \u00e9t\u00e9 accus\u00e9 d\u2019avoir voulu tenter un coup pour instaurer, soit disant, une monarchie r\u00e9publicaine. Cette situation de confrontation est regrettable. On le comprend d\u2019autant plus difficilement que de grandes d\u00e9mocraties comme l\u2019Angleterre, l\u2019Espagne ou le Canada, s\u2019accommodent de leur monarchie. Le Japon est entr\u00e9 dans le monde industriel, en s\u2019enracinant dans sa nipponit\u00e9. D\u2019ailleurs, les appr\u00e9hensions de la chefferie coutumi\u00e8re d\u00e9pendent du type de colonisation que l\u2019on a subi. Plus proche de nous, au Ghana, la colonisation anglaise qui \u00e9tait sous la forme d\u2019indirect rule n\u2019\u00e9tait pas assimilationniste comme la colonisation fran\u00e7aise. L\u00e0-bas, les chefs coutumiers ont jou\u00e9 un r\u00f4le qui n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 remis en cause. Il faut reconna\u00eetre le r\u00f4le de la chefferie traditionnelle, une fois que ce d\u00e9bat sera men\u00e9, on peut voir comment les chefs coutumiers vont se situer par rapport \u00e0 la politique, parce qu\u2019ils auront un r\u00f4le qu\u2019on leur aura d\u00e9fini.<\/p>\n<p>S : Un \u201cbonnet rouge\u201d peut-il faire de la politique de fa\u00e7on vraiment neutre comme le recommande la tradition et trancher un probl\u00e8me social sans parti pris ?<\/p>\n<p>E.J.O. : Une fois de plus, on ne peut pas faire le proc\u00e8s des chefs coutumiers tant qu\u2019on n\u2019aura pas r\u00e9ellement clarifi\u00e9 leur r\u00f4le et leur statut. Je suis convaincu que tout chef coutumier aimerait plut\u00f4t \u00eatre un rep\u00e8re, un r\u00e9f\u00e9rentiel et jouer un r\u00f4le f\u00e9d\u00e9rateur.<\/p>\n<p>S : Quel est votre plat pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 ?<\/p>\n<p>E.J.O. : Le poulet \u00e0 l\u2019ail.<\/p>\n<p>S : Qu\u2019est- ce que vous appr\u00e9ciez et d\u00e9testez le plus dans le cadre d\u2019une relation humaine ?<\/p>\n<p>E.J.O. : Dans toute relation humaine, je d\u00e9teste l\u2019hypocrisie et le mensonge.<\/p>\n<p>S : Qu\u2019est- ce que vous appr\u00e9ciez le plus ?<br \/>\nE.J.O. : L\u2019humilit\u00e9 et le respect r\u00e9ciproque. L\u2019on doit se respecter les uns les autres. Parce que chacun poss\u00e8de en lui quelque chose de positif qu\u2019il peut apporter \u00e0 l\u2019autre.<\/p>\n<p>S : Quels sont vos beaux et mauvais souvenirs ?<\/p>\n<p>E.J.O. : Les mauvais souvenirs, c\u2019est le d\u00e9c\u00e8s de mes parents. La m\u00e8re d\u2019abord, le p\u00e8re ensuite. En ce qui concerne les beaux souvenirs, Dieu merci, j\u2019en ai mais pr\u00e9f\u00e8re ne pas en citer.<\/p>\n<p>S : Quel est personnellement, le sens que vous donnez au mot mariage ?<\/p>\n<p>E.J.O. : Le mariage, c\u2019est l\u2019une des plus belles institutions sociales qui existe et qui permet une r\u00e9gulation de la soci\u00e9t\u00e9. C\u2019est l\u2019expression et le couronnement d\u2019un amour mutuel. C\u2019est une belle institution qu\u2019il faut pr\u00e9server.<\/p>\n<p>S : La famille ?<\/p>\n<p>E.J.O. : Le mariage permet, justement, de fonder la famille. Pour moi, la famille, c\u2019est la cellule sociale de base. C\u2019est l\u00e0 que tout se joue et se passe. En pays moaga, on appr\u00e9cie quelqu\u2019un d\u2019abord par sa capacit\u00e9 \u00e0 g\u00e9rer sa famille. Si l\u2019appr\u00e9ciation n\u2019est pas positive, on ne lui confie pas autre chose, parce que s\u2019il ne peut pas g\u00e9rer sa famille, on ne sait pas comment il pourra l\u2019\u00eatre au-del\u00e0.<\/p>\n<p>S : Derri\u00e8re un grand homme se cache une grande dame. Quelle a \u00e9t\u00e9 la contribution de votre \u00e9pouse dans la construction de votre vie et de votre carri\u00e8re ?<\/p>\n<p>E.J.O. : La contribution de mon \u00e9pouse a \u00e9t\u00e9 d\u00e9terminante dans ma vie. Pour des raisons professionnelles et souvent de formation, je n\u2019ai pas souvent \u00e9t\u00e9 \u00e0 la maison. Elle a eu le m\u00e9rite de s\u2019occuper du foyer, principalement de l\u2019\u00e9ducation des enfants et je l\u2019en remercie en leur nom. D\u2019ailleurs, le dicton moaga qui dit que \u00ab pag la yiri \u00bb (le foyer, c\u2019est la femme) n\u2019est pas un vain mot. L\u2019\u00e9ducation des enfants repose essentiellement sur la femme. Personne ne peut dire qu\u2019il a r\u00e9ussi si sa grande dame ne lui a pas apport\u00e9 son soutien.<\/p>\n<p>S : Les enfants ?<\/p>\n<p>E.J.O. : Je vois les enfants comme \u00e9tant un propre prolongement de soi dans la vie. S\u2019ils ne r\u00e9ussissent pas \u00e0 partir d\u2019un certain moment, l\u2019on doit soi-m\u00eame se poser des questions de savoir si on a r\u00e9ussi. L\u2019on est li\u00e9 \u00e0 leur r\u00e9ussite parce qu\u2019\u00e0 un certain moment de sa vie, la r\u00e9ussite des enfants est une source de fiert\u00e9 pour leurs parents et non l\u2019inverse.<\/p>\n<p>S : Quels sont vos rapports avec l\u2019argent ?<\/p>\n<p>E.J.O. : M\u00eame si l\u2019argent ne fait pas le bonheur, il ne fait pas non plus le malheur ! On vit dans un monde o\u00f9 l\u2019argent est n\u00e9cessaire. Il n\u2019est peut \u00eatre pas suffisant pour tout entreprendre ou tout r\u00e9aliser. Mais il est n\u00e9cessaire pour se soigner, s\u2019\u00e9duquer. Malheureusement, les relations sociales se sont suffisamment mon\u00e9tis\u00e9es pour qu\u2019on ait vraiment besoin d\u2019argent sans pour autant tomber dans une d\u00e9ification de l\u2019argent. L\u2019argent est donc n\u00e9cessaire dans la vie mais il n\u2019est pas assez suffisant pour l\u2019en d\u00e9terminer.<\/p>\n<p>S : Est-ce qu\u2019on peut dire que vous \u00eates immens\u00e9ment riche ?<\/p>\n<p>E.J.O. : Vous savez, la notion de richesse est toujours relative. On est toujours plus riche que quelqu\u2019un et quelqu\u2019un est toujours plus riche que soi ! Je ne suis pas propri\u00e9taire de SEMAFO (rire) mais un simple gestionnaire de la Soci\u00e9t\u00e9. C\u2019est la SEMAFO qui est peut-\u00eatre immens\u00e9ment riche et non moi.<\/p>\n<p>S : Quel sens donnez-vous \u00e0 l\u2019amiti\u00e9 ?<\/p>\n<p>E.J.O. : L\u2019amiti\u00e9 est un lien social tr\u00e8s important. Chacun se r\u00e9v\u00e8le par son nombre d\u2019amis. Dans la soci\u00e9t\u00e9, on dit qu\u2019il faut se m\u00e9fier de quelqu\u2019un quand il n\u2019a pas d\u2019amis.<\/p>\n<p>S : Le sens que vous donnez \u00e0 la politique ?<\/p>\n<p>E.J.O. : Sur cette question, j\u2019invite toujours \u00e0 revenir souvent au sens \u00e9tymologique du terme politique : \u00ab C\u2019est la gestion de la cit\u00e9, la bonne gouvernance \u00bb. Malheureusement, la compr\u00e9hension populaire veut quand on dit la politique, l\u2019on y voit les coups bas, la politique politicienne, le machiav\u00e9lisme. C\u2019est cela qui cr\u00e9e le gros probl\u00e8me. La politique doit \u00eatre quelque chose de noble o\u00f9 l\u2019on se pr\u00e9occupe du mieux \u00eatre et du mieux vivre ensemble, du d\u00e9veloppement, de l\u2019int\u00e9r\u00eat commun.<\/p>\n<p>S : Selon vous, n\u2019y a-t-il pas de raison que de penser \u00e0 la politique politicienne, puisqu\u2019il y a des faits qui le corroborent ?<\/p>\n<p>E.J.O. : C\u2019est devenu une culture qui s\u2019est \u00e9tablie mais on peut travailler au niveau des partis, qu\u2019ils soient de l\u2019opposition ou de la majorit\u00e9, \u00e0 ce qu\u2019on ait une autre vision de la politique. Sinon \u00e0 terme, il faut craindre qu\u2019il y ait une d\u00e9saffection vis-\u00e0-vis de la politique, parce qu\u2019elle est trop politicienne.<\/p>\n<p>S : Le pouvoir ?<\/p>\n<p>EJO : Il faut en user avec mod\u00e9ration et avec beaucoup de sagesse. Il faut accomplir ses missions et assumer ses responsabilit\u00e9s comme le roi Salomon. Quand il a \u00e9t\u00e9 intronis\u00e9, il a demand\u00e9 dans sa pri\u00e8re au Bon Dieu, de lui donner la sagesse d\u2019\u00eatre \u00e0 la hauteur de la t\u00e2che et de pouvoir s\u2019oublier pour penser aux autres.<\/p>\n<p><em><br \/>\nLa R\u00e9daction<\/p>\n<p>Sidwaya<\/p>\n<p>source site internet des \u00e9ditions  sidwaya<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Titulaire d\u2019un Doctorat en sciences \u00e9conomiques, Elie Justin Ou\u00e9draogo est un expert burkinab\u00e8 dans le domaine des mines. 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